Petit rappel : vous pouvez retrouver mes précédentes interventions dans le forum sous la rubrique archives


VOICI LA FIN DE LA CAMPAGNE

Chers Confrères,

Voici la fin de la campagne.
Mais ce n’est peut-être qu’un début…

Quoi qu’il en soit, je vous dois une sorte de compte-rendu. Certaines choses m’ont marqué, d’autres m’ont interpellé, enfin certains aspects m’ont amusé.

Du sérieux, du moins sérieux, du futile.

Du sérieux

Quitte à ce que ma modestie en souffre (mais on est toujours ravi lorsque cela arrive), je constate que mes prises de position ont eu un certain impact sinon un impact certain.

- Sur la forme et sur le fond

Sur la forme, j’ai commencé ma campagne en attaquant surtout l’hypocrisie du système. Les non-dits les dissimulations quant aux motivations réelles. Je remarque qu’après ces interventions, Monsieur le Bâtonnier actuel a remis les choses en place.

Il est très clair sur ses intentions. Il les exprime et les argumente. Nous sommes entrés dans le débat d’idées.

Je l’ai déjà dit donc je le répète. Je respecte et j’admire l’homme pour cela. Je ne partage pas sa conception de l’avenir de notre profession, de notre rôle en tant qu’Avocat.

Mais le débat est revenu et nous sommes tous gagnants.

Sur le fond, je ne pensais pas avoir, dans une campagne, de vrais moments narcissiques. Oh pardon, je suis dans la rubrique « du sérieux »… N’empêche, j’ai constaté au fil des mois un changement profond.

Sur la plupart des sujets sur lesquels je m’exprime depuis longtemps, la condescendance, la politesse ironique qui se voulait amicale, ne sont plus de mise.

En effet, sur la déontologie, sur la grande profession du droit, sur le numerus clausus, sur un barème d’honoraires indicatifs, sur la formation, sujets tabous par excellence, il y a aujourd’hui débat.

Croyez-moi, je me rappelle – et comment, que je me rappelle – de la période où, dès que j’abordais certains sujets, on m’expliquait que je m’égarais, que c’était totalement infaisable, que tout était écrit d’avance.

Bref, que nous les Avocats, nous n’avions pas notre mot à dire. Qu’il fallait suivre « l’évolution » de la société ou disparaître.

Le fait que je soutiens plutôt l’inverse n’étonne plus personne. On peut parfois combattre, avec talent, mes idées, on ne les ignore plus. Et vous, vous avez maintenant le choix.

Il y a aujourd’hui deux tendances très claires dans cette campagne pour le Bâtonnat.

La première, développée avec la personnalité propre de chacun des autres candidats, est que le Barreau de Paris a besoin, dans le contexte actuel, d’un Bâtonnier qui d’une part protège les Avocats, d’autre part s’adapte à la situation.

C’est une idée qui ne manque pas d’intérêt et mes concurrents ont les qualités pour l’appliquer.

La deuxième idée, la mienne, est que le Barreau de Paris a besoin, surtout maintenant, également dans le contexte actuel, d’un Bâtonnier qui protège l’idée même de la notion d’Avocat et qui crée la situation.

Pourquoi ? Parce que protéger la notion d’Avocat c’est protéger la profession dans son ensemble, son rôle dans la société, la noblesse de sa mission. Alors que protéger les avocats, malgré les meilleures intentions au monde, finit toujours par la prise en compte d’un intérêt particulier (légitime) au détriment d’un autre (tout aussi légitime).

Parce que s’adapter à une situation revient toujours à subir une situation, quitte à limiter les dégâts. Mais cela posera toujours le problème, quel dégât faut-il choisir de limiter en priorité ?

Avec la même conséquence, quel intérêt faut-il protéger, quel autre faut-il sacrifier ?

Je reconnais que le compromis a ses vertus. Mais parce que nous sommes toujours dans la rubrique « du sérieux », je ne peux m’empêcher de croire que les intérêts, même les mieux protégés, seront toujours les mêmes.

En revanche, lorsqu’on crée une situation, c’est différent. Parce que nous sommes le Barreau de Paris, nous pouvons le faire.

Cela comporte des risques. Notamment celui d’un affrontement avec les pouvoirs publics. Si cela s’avère strictement nécessaire, pas par vanité ni plaisir.

N’est-ce pas aussi cela, le rôle de l’Avocat ?

N’est-ce pas aussi cela, la légitimité du Bâtonnier ?

Il ne faut pas non plus oublier le recours au référendum lorsque l’avenir de tous est engagé.

Du moins sérieux, et pourtant…

J’ai reçu, pendant cette campagne, de très nombreux messages d’encouragement.

Des confrères se sont présentés à l’Ordre sur mon nom.

Vous pouvez le croire, ce n’était pas dans l’air du temps. Il leur a fallu un certain courage, au moins une certaine détermination.

Bien entendu, je les soutiens totalement et j’espère qu’ils seront élus. C’est aussi une garantie pour vous.

Supposez une seconde que je devienne Bâtonnier. La griserie du pouvoir, la grosse tête… Il y aura toujours, au Conseil, s’ils sont élus, quelqu’un pour me rappeler à l’ordre.

Ce n’est pas inutile.

Vous savez ce que j’apprécierais le plus lorsque je lis la liste des candidats ? C’est qu’il y ait des élus de toutes tendances. De toutes les couleurs syndicales et pas seulement. C’est la seule garantie d’un Conseil de l’Ordre réellement représentatif.

Je profite par ailleurs du fait que sur mon forum je peux écrire ce que je veux, quand je veux, et sortir de la stricte neutralité électorale. Je vous recommande de soutenir, outre Gérard Guillot, Marc Bornhauser, Sarah Baruk et Najoua Bossard, également Emmanuelle Hauser-Phelizon.

Elle soutient ouvertement un autre candidat au Bâtonnat (nobody is perfect) mais je connais depuis des années son dévouement, son honnêteté, son professionnalisme. Je fais cet appel sans lui demander sa permission et j’espère qu’elle ne m’en voudra pas.

Maintenant que j’ai fini avec les candidats, je reviens aux électeurs. Qu’est-ce que vous devenez importants, au moment des élections !...

Comme je l’ai indiqué au début de cette rubrique, j’ai reçu énormément d’encouragements. Beaucoup m’ont écrit que si je le souhaitais je pouvais mettre leur nom sur ma liste de soutien. Je les en remercie.

J’ai par contre toujours refusé d’afficher une liste de soutien. Je sais par expérience, lors de ma candidature au Conseil, les pressions amicales dont on vous abreuve pour être sur une liste ou sur une autre.

Je crois que, sauf à être un militant actif dans un syndicat, la notion même de démocratie, d’indépendance, nécessite que le vote de chacun lui appartienne.

C’est son jardin secret, sa liberté de choix.

Pour cela, mon « slogan » de campagne, sur lequel on a suffisamment ironisé, fut et reste encore « mon équipe de campagne c’est vous ».

Non seulement cela vous laisse toute votre liberté de choix, même de changer d’avis, mais si vous le faites vous le faites avec votre cœur. Sans contrepartie. Cela n’a pas de prix.

C’est pour cela aussi que je n’ai pas publié tous les e-mails que j’ai reçus, très très nombreux, tout en laissant le choix à ceux qui désirent s’exprimer publiquement de le faire sur mon forum.

En fait, je me demande pourquoi j’ai intitulé cette rubrique « du moins sérieux »…

Des futilités

On m’a chambré, parfois très gentiment (voir mon forum), parfois moins gentiment, sur le fait que j’ai changé de personnalité pendant cette campagne.

Notamment, et c’est amusant, on me reproche le port, de temps à autre, de la cravate.

J’avoue, c’est vrai.

Je suis invité, comme les autres candidats, à débattre souvent dans les grosses structures. Ce n’est pas inintéressant.

Beaucoup seront surpris, et je le fus le premier, de l’accueil qui m’a été fait. Certes, parfois cela peut être dû au fait « qu’on ne sait jamais ». Mais c’est très rare.

En réalité, nombre d’associés et surtout de collaborateurs de ces grandes structures sont inquiets de l’évolution de notre profession. Pour des raisons qui leur sont propres, parfois égoïstes, mais la réalité est là.

Revenons à ma cravate.

Quand je vais dans une église je me découvre, dans une synagogue je porte la kippa, dans une mosquée j’enlève mes chaussures.

Bref quand je vais dans un endroit où tous les hommes portent une cravate, j’en mets une aussi. En plus, il paraît que cela me va bien…

En revanche, dès la campagne finie, je me mets au régime. Acheter une cravate, ça va. Refaire toute ma garde-robe, c’est autre chose.

Enfin, futilité de chez futilité, mais ça me fait tellement plaisir… Une question a été posée lors d’un débat, je cite de mémoire « qu’aimeriez-vous qu’on dise de vous après que vous ayez été Bâtonnier » ?

Le florilège des réponses des autres candidats fut impressionnant (ah le petit plaisir mesquin que j’éprouve ne m’honore pas mais c’est tellement bon…) allant d’humain à attentif en passant par compétent, etc que, n’ayant plus aucun épithète original à ma disposition j’ai dû improviser.

Ma réponse fut « en ce moment, le fait qu’on dise de moi que je fus un ancien Bâtonnier me convient parfaitement ».

Quand je vous disais que cette rubrique s’intitule « futilités »…

Allez, bon courage !

Et merci.

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