L’Ecole des Avocats remplit de moins en moins son rôle. Donc la formation des élèves Avocats s’effectue essentiellement dans les Cabinets d’Avocats. | |
Ces stages sont à la charge financière des cabinets. Chaque stagiaire élève avocat sera rémunéré minimum 883 € par mois.
Bravo, on applaudit des deux mains. Les pauvres élèves Avocats ne seront plus exploités par ces affreux Avocats (qui entre parenthèses leur prodiguent leur savoir).
Quelle hypocrisie.
Résultat des courses : Tous les petits cabinets et la plupart des moyens n’auront plus jamais de stagiaires.
Double conséquence.
Pour les cabinets, avoir un stagiaire représentait un moment important. Une respiration. Une possibilité pendant quelques mois de travailler différemment. La formation des stagiaires était aussi la plus diverse possible. Le choix existait pour eux. Et si un Maître de Stage était incorrect, moralement, professionnellement et même financièrement, l’élève pouvait changer de stage sans problème.
Maintenant, plus aucun choix. Ils sont à la disposition des puissances financières. Attendant comme des moutons qu’un cabinet les appelle. Formatés pour la suite de leur carrière. Dépendants en permanence… On a ainsi instauré un droit de cuissage intellectuel.
Le pire est que les syndicats sont fiers (et même à l’origine) de cette réforme. Et comme je ne crois pas une seconde que les personnes qui ont établi ce tarif sont stupides, j’affirme (j’aime ce mot) qu’ils ont eu leurs raisons.
En effet, comment mieux exercer le contrôle sur la masse qu’en l’exerçant, dès l’école ?
Beaucoup de voix se sont élevées contre cette mesure (notamment au CNB) considérant que 300 € par mois serait une solution raisonnable pour tous. En vain.
Le pouvoir de l’argent a ses raisons que la raison ne connaît pas.
L’Ordre des Avocats et le nombre des Avocats
J’ai été profondément choqué lorsque, dans une réunion publique, le Bâtonnier, en réponse à une question légitime, a dit très clairement que le Barreau en aucun cas ne peut déterminer le nombre des futurs Avocats admis à l’EFB. Que ce sont les Universités qui le déterminent.
Une telle attitude est pour moi soit une capitulation soit l’expression de cette politique, toujours voulue, jamais revendiquée.
Dans ces conditions l’existence même de l’Ordre des Avocats pourrait être questionnée. Il suffirait de passer quelques examens. On deviendrait Avocat comme on devient Bachelier.
Le plus énervant est qu’on justifie le nombre croissant par une nécessité, par le manque d’Avocats. Balivernes.
L’accroissement du nombre d’avocats n’est pas le fruit du hasard. Les explications fournies sont fausses.
L’accélération fulgurante du nombre des élèves reçus à l’EFB a coïncidé (mais est-ce vraiment une coïncidence) avec l’arrivée au Barreau de Paris des grosses structures dont l’aspect juridico-financier du droit est le domaine privilégié.
Il suffit de voir à l’EFB comment on recherche les futurs collaborateurs pour percer les vraies raisons.
Les chasseurs de tête sont à l’affût de la perle rare. Cela concerne au maximum 50 futurs Avocats.
Or, s’il est presque impossible de trouver parmi un nombre réduit de futurs confrères les compétences recherchées, cela devient évident sur une masse de 2000 élèves.
Il est très significatif qu’aujourd’hui il y ait parmi les élèves des jeunes qui viennent de Polytechnique, de Sciences Po, de l’ENA, sachant que leurs compétences (réelles) seront très bien récompensées financièrement par les cabinets concernés – à juste titre, d’ailleurs.
Quid des autres ?
Et c’est là que la situation devient catastrophique pour les nouveaux arrivants, pour ceux déjà en place, pour le niveau de la profession.
Je vais être un peu long et je m’en excuse, mais je dois détailler point par point la situation. Que ceux qui ne se sentent pas concernés, directement ou indirectement, me jettent la première pierre.
1) L’ordre sait très bien qu’une telle masse de nouveaux arrivants ne trouvera jamais de l’embauche en tant qu’avocat-collaborateur. Maximum deux cents (200) sur presque deux mille (2000) seront engagés.
Mais, Ô Miracle, on a trouvé la parade.
Tout le monde peut maintenant prêter serment et devenir Avocat à part entière, sans passer par le stade de collaboration. Ouf !!!!! Il n’y a plus d’avocats-stagiaires.
On a le culot de présenter cette situation comme une évolution positive, comme un progrès.
Aberration absolue. Hypocrisie totale. Dont les conséquences sont désastreuses pour tout le monde, clients compris.
2) Les nouveaux avocats doivent vivre.
Double handicap. Pas de clientèle. Pas d’expérience formatrice.
Triple conséquence immédiate et imparable. La chasse au client devient sauvage, les honoraires en chute libre.
Les dossiers sont souvent traités sans l’apport de l’expérience qui est un facteur essentiel.
Les petits et moyens cabinets subissent et subiront de plus en plus cette nouvelle concurrence (normale dans les professions libérales) mais qui n’est régie que par le désir de survivre, sans autre règle.
Entre-temps, les grosses structures, dont l’activité est essentiellement institutionnelle, financière, juridique, profitent.
3) Est-ce que l’Ordre est aveugle pour ne pas voir cela ?
Bien sûr que non. Mais dans l’optique actuelle où le Barreau de Paris doit être le phare du monde des affaires, cela arrange. Donc voulu, prémédité. Pourquoi ?
Quelques explications sont nécessaires.
1500 Avocats quittent la profession tous les ans. Asphyxiés par les charges, l’incompréhension, le système. Ils sont remplacés par les nouveaux. Soit…
Un nouveau diplômé contre un ancien qui s’en va… Est-ce aussi évident ? Raisonnons un peu.
La majorité de ceux qui abandonnent ont généralement 8-9 ans de Barreau. Pendant lesquelles ils ont cotisé, surtout pour la retraite. Or ils n’auront jamais aucun droit à cette retraite pour cause d’insuffisance du nombre d’années de cotisation (actuellement à ??? minimum). Cet argent reste dans les caisses de la CNBF. Tout bénef’ si je puis m’exprimer ainsi. Et les anciens seront remplacés par les nouveaux cotisants. Bingo.
Mais cela ne s’arrête pas là. Il n’y a plus d’avocats-stagiaires… Qu’à cela ne tienne. Nous sommes tous redevenus des stagiaires. La formation obligatoire… Pour tous. Un an de Barreau ou quarante. Pareil.
Que les choses soient claires. Je suis totalement favorable à un droit à la formation pour chaque Avocat qui le souhaite. Dans la matière qu’il souhaite. Gratuite. Prise en charge par l’Ordre.
Mais la connotation OBLIGATOIRE me révulse.
Regardons maintenant qui propose des formations payantes ? A quel prix ? Multipliez par le nombre d’heures et le nombre de participants…
L’intérêt financier est énorme. C’est un business profitable. A qui profite-t-il ? Je vous laisse tirer vos propres conclusions.
[Je tiens quand même à souligner l’attitude du Cabinet Gide-Loyrette qui donne des cours de formation gratuits… Cabinet français ancien, avec la mentalité d’autrefois où le mot confraternité voulait dire quelque chose.]
Encore une fois, l’instauration de cette méthode obligatoire n’est pas le fruit du hasard et le fait de dire qu’elle profite à tous les Avocats n’est qu’un prétexte fallacieux.
A titre personnel, bien que par le jeu des séminaires en tant que MCO ou des différents cours que je donne (gratuitement) j’ai, en théorie, mes heures de formation.
Mais je refuse et refuserai toujours de les faire valider.
Je ne cautionnerai jamais cette méthode pernicieuse de nous contrôler, de nous évaluer et tout ça, bien sûr, pour notre bien…
