Lettre ouverte à Monsieur le Bâtonnier

Je me permets, Monsieur le Bâtonnier, de m’adresser à vous directement.

J’ai suivi avec beaucoup d’attention tous les changements que vous avez effectués depuis que vous dirigez notre Ordre.

Comme à mon habitude, et vous le savez, je n’irai pas par quatre chemins pour vous donner le fond de ma pensée.

Je tiens à préciser d’emblée que vous avez tout mon respect, ce n’est pas une figure de style, car vous ne trahissez pas vos engagements de campagne.

Il y a des sujets sur lesquels je ne partage pas votre point de vue.

Paradoxalement, je vous adresse cette lettre ouverte en parlant d’aspects où je soutiens votre position tout en faisant une analyse différente.

Je me rappelle de votre acte personnel courageux et sans ambiguïté, avant votre prise de fonction, lorsque vous avez appelé à la désobéissance tous les avocats, s’agissant de la délation concernant la directive blanchiment.

J’ai lu dans le Bulletin n°5, la proposition que vous avez fait adopter par le Conseil de l’Ordre afin qu’elle soit adressée à tous les parlementaires.

C’est une avancée, par rapport à ce qui a été fait jusqu’à aujourd’hui mais cela n’a pas du tout l’impact qu’a eue votre précédente attitude.

Loin de moi de vous faire un reproche.

Cependant, j’aurais préféré que l’Ordre adopte purement et simplement votre proposition initiale – claire, nette et sans ambiguïté – au lieu de quémander auprès des parlementaires un éventuel aménagement de la directive.


J’approuve également votre intérêt pour les avocats en difficulté.

Dans le Bulletin n°10, vous honorez un autre engagement de votre campagne en organisant dans l’immeuble de l’EFB environ trois cents emplacements où pourront être domiciliés des avocats qui n’ont pas la possibilité d’avoir un domicile professionnel, pour une durée limitée.

Cela prouve, mais je n’en ai jamais douté vous concernant, que le sort des plus faibles financièrement ne vous est pas indifférent.

Je crains, cependant, que cette solution, bien qu’elle ait le mérite d’exister, ne devienne un véritable piège par la suite. Que deviendront les avocats concernés à la fin de la période de six mois ou d’un an ? Ils seront remplacés par qui ? Qui déterminera celui ou celle qui pourra bénéficier de cet aménagement temporaire ?

Comprenez-moi bien, Monsieur le Bâtonnier, je trouve votre projet très humain mais….
Et justement, parce que je considère votre humanisme comme l’un des traits qui vous caractérise le plus, je me permets de vous faire une suggestion.

Je suis un simple candidat et je n’ai absolument aucune assurance d’être un jour à votre place.

C’est pourquoi je vous demande – à vous – de le faire, parce que je crois vous en avez la trempe.

Arrêtez immédiatement les omissions pour des raisons financières.

Je sais que l’Ordre prononce ces omissions, en tout cas c’est la raison invoquée, afin de ne pas aggraver des situations parfois très délicates de certains avocats.

Mais priver un confrère de tout moyen de subsistance, en l’empêchant d’exercer, n’est pas une solution.

P.S. : J’ai beaucoup apprécié votre éditorial, dans le Bulletin n°7, concernant les rétentions de sûreté.

Votre éditorial ne se résumait pas à une protestation de principe, les mots que vous avez utilisés faisant toute la différence.